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Les 4 piliers d’un référentiel de données- l’exemple Journalism Trust Initiative (JTI)

Dernière mise à jour le 12 décembre 2023

Les référentiels de données n’ont plus à prouver leur nécessité.

Ils sont présents partout, lieux d’autorité, objets de luttes, repères et facteurs d’interopérabilité au milieu de la tour de Babel des données numériques, critiques pour la confiance que l’on peut avoir en de nombreux systèmes.

Comme tout lecteur des médias numériques, je suis interpellé par le phénomène des fake news.

Avec un regard référentiel de données, j’ai découvert la « Journalism Trust Initiative (JTI) » récente de RSF (Reporters Sans Frontières) : https://www.journalismtrustinitiative.org/fr/ . L’ambition est de constituer un référentiel des sources médiatiques répondant à un certain nombre de caractéristiques.

Ces caractéristiques sont la traduction de normes professionnelles(1) qui permettront de distinguer la source d’une information entre un média « reconnu » et un simple post anonyme ou non. On introduit ainsi une barrière et un processus qui vise à conférer à la source une référence de « confiance » (on ne parle pas de vérité ici).

La teneur d’un tel référentiel n’est pas simple. Il ne peut pas résoudre tout le problème de la fiabilité des informations. Mais au moins il y participe. Il ne faut pas se tromper sur son objet. Il ne traite pas l’aspect contenu (la vérité du contenu – d’une information). Il traite du processus de production des contenus (qui le porte et sa qualité – objectif légitimité et transparence).

Autre particularité de la teneur d’un tel référentiel, une information (news) n’est pas la propriété du monde du journalisme. La façon dont l’autorité s’exprime est clairement invoqué. Mais chacun est de fait une source d’information. Rien non plus n’interdit des erreurs de contenus par un média référencé. Au moins la norme imposée par le référentiel dans ce cas veut que l’erreur puisse être reconnue (voir l’exemple récent du New York Times et de l’épisode du bombardement de l’hôpital de Gaza – https://www.nytimes.com/2023/10/23/pageoneplus/editors-note-gaza-hospital-coverage.html et du débriefing post épisode https://www.nytimes.com/2023/11/03/briefing/gaza-hospital-explosion.html).

Sur la base de cet exemple JTI, je vous propose de mettre en lumière ce qui distingue un simple fichier constitué à la volée pour lister des objets, des individus, des entités et un référentiel constitué.

Quatre piliers interdépendants constituent l’assise d’un référentiel de données. Ces quatre piliers correspondent à l’effort de construction d’un référentiel. Cet effort n’est pas binaire. Il est plus ou moins important suivant l’ambition et les moyens consacrés. On peut parler de continuum et de dynamique d’effort.

L’initiative JTI est récente. Il sera intéressant de suivre dans le temps comment ce référentiel va évoluer sur ce continuum.

Avant de présenter ces quatre piliers, une petite mise en abîme. Il n’existe pas de référentiel des référentiels ! Mais ces quatre piliers pourraient être la souche d’un tel « méta » référentiel.

Pilier 1 : Les objets référencés et les finalités

La teneur du référentiel au travers de l’identification des objets référencés en réponse à des finalités communes (2).

Exemple JTI :

  • Finalités : lutter contre le problème des fake news et de la désinformation entre médias, auprès du grand public, pour les annonceurs, pour les financeurs, abonnés, pour les régulateurs, dans le dialogue public et politique, en introduisant une distinction de confiance sur l’origine d’une information. Distinction basée sur la qualification de l’origine de l’information au sens identification des organismes de médias rédacteurs des informations et sur les normes professionnels pratiquées. Dans le but de rendre transparent les responsabilités, les processus, la rigueur et l’effort de production des informations.
  • Objets référencés :
    • Structures d’organisation « signataires » d’information – propriétaires et rédactions – organismes de médias. Avec la distinction : entités juridiques et entités médiatiques, y compris la représentation des groupes et des réseaux.
    • Processus éditoriaux.

Pilier 2 : L’expression d’autorité

L’expression d’autorité au travers de l’opposabilité de son contenu.

Exemple JTI :

  • RSF – Reporters Sans Frontières – ONG reconnue https://rsf.org/fr/qui-sommes-nous à l’origine de l’initiative
  • Un ensemble de cofondateurs d’autorité viennent renforcer l’initiative, dont la commission européenne
  • Le soutien d’Etats – https://rsf.org/fr/onze-%C3%A9tats-s-engagent-%C3%A0-soutenir-la-journalism-trust-initiative-jti
  • Citation dans le Code de bonnes pratiques sur la désinformation de la Commission européenne – https://digital-strategy.ec.europa.eu/fr/policies/code-practice-disinformation. Extrait en lien avec l’initiative : « Measure 22.6. Relevant Signatories providing trustworthiness indicators by means of voluntary, selfregulatory and certifiable European standards or European standardisation deliverables as defined by European law (‘technical standards’)(25), such as the CWA17493:2019, will – Develop and revise them based on internationally accepted best-practices and ethical norms; – Make them publicly available and accessible in a non-proprietary, neutral way; – Govern their implementation in line with European Accreditation and EU Regulation (EC) No 765/2008. (25) Such as the Journalism Trust Initiative CWA17493:2019 »
  • Un processus de référencement transparent et basé sur des « briques » d’autorité :
    • Auto-évaluation (production d’un rapport de transparence) au regard de la norme internationale : CWA No. 17493 publiée par l’European Committee for Standardization (CEN).
    • Certificat (optionnel) délivré par audit d’un certificateur indépendant agréé (lui-même certifié selon la norme ISO/IEC n°17065:2012 – Évaluation de la conformité – Exigences pour les organismes certifiant les produits, les procédés et les services).
    • Publication des rapports de transparence.

Pilier 3 : Le conteneur

Le conteneur au travers de sa qualité fonctionnelle et technique.

Exemple JTI :

  • Une application dédiée sous condition d’accès – https://www.jti-app.com (n’y ayant pas accès, sa qualité n’a pas été évaluée. A minima elle doit référencer les données de la norme CWA 17493 (soit de façon structurée, soit uniquement par référencement du rapport d’évaluation). A voir si elle offre des services socles d’un référentiel – cf. références, une traçabilité des actions, une protection par rapport à l’intégrité des données, etc). A noter l’appel d’offre récent (21 novembre de cette année) pour la gestion et l’amélioration des sites concernés par JTI (https://reliefweb.int/job/4016095/maintenance-and-improvement-websites-journalism-trust-initiative-jti ).

Pilier 4 : La portée

La portée au travers de sa pénétration dans les systèmes techniques et humains (écosystèmes et communautés).

Exemple JTI :

A noter à ce stade de l’initiative, pas de stratégie open data identifiée.

Également, un peu de difficulté sur l’accès aux indicateurs de contenu (de portée) – exemple médias engagées dans le processus, qui ont franchi l’autoévaluation, franchi certification externe. Source à ce stade : https://rsf.org/en/colorado-public-radio-first-us-media-obtain-journalism-trust-initiative-certification-alliance

« As of July 2023, 100 media outlets from around the world have completed the JTI self-assessment and published their transparency reports. In the U.S. only, just over 100 media outlets have started the JTI process and 13 of them have achieved the self-evaluation step and published their report. The assessment is available via an online portal and is free to complete. After completing this step, media outlets have the option to be audited by an external certifier, as CPR did with AAM. To date, 17 publishers have achieved this level of certification. »

Conclusion

L’initiative JTI est récente. Lancer un nouveau référentiel est un défi et une aventure qui prend du temps. Et quel que soit le référentiel (nouveau ou établi), l’aventure est continue. Sa lecture, son analyse et son suivi au regard des quatre piliers permet de surveiller sa progression. On ne peut souhaiter qu’un bel avenir à JTI.

(1) https://www.jti-app.com/footer/cwa – Norme CWA No. 17493 – de décembre 2019

(2) A rapprocher de l’idée de bien commun – l’information qualifiée – pour : les médias, le grand public, les annonceurs (« brand-safety »), les financeurs, les abonnés, les régulateurs, le dialogue public et politique, les juristes, les chercheurs en science sociale, etc.

Références pour aller plus loin

Un ouvrage de référence toujours d’actualité auquel j’ai eu la chance de participer avec mes deux autres co-auteurs : Pascal Rivière et Joseph Paumier : https://www.dunod.com/sciences-techniques/referentiels-du-systeme-d-information-donnees-reference-et-architectures-d

« Qu’est-ce qu’un répertoire ? De multiples exigences pour un système Complexe » de Pascal Rivière dans le Courrier des statistiques du 29 novembre 2022 de l’Insee. N° N8, pp. 52-71 – https://www.insee.fr/fr/information/6665186?sommaire=6665196

Quelques citations dans Datassence.fr :  https://www.datassence.fr/referentiels-de-donnees/ et https://www.datassence.fr/2023/03/30/data-mesh-et-referentiels-de-donnees-dentreprise-est-ce-compatible/

JTI sur Linkedin : https://fr.linkedin.com/company/jti-standard


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